Historien majeur du XXe siècle, auteur de l’emblématique L’Étrange Défaite, Marc Bloch entre le mardi 23 juin 2026 au Panthéon aux côtés de son épouse Simonne Vidal. Une reconnaissance nationale pour celui qui a profondément renouvelé l’écriture de l’histoire et payé de sa vie son engagement au sein de la Résistance.
Annoncée il y a deux ans par Emmanuel Macron, la panthéonisation de Marc Bloch et de son épouse Simonne Vidal a lieu le mardi 23 juin 2026. Cette cérémonie vient combler une absence singulière : jusqu’ici, aucun historien de profession ne figurait parmi les personnages honorés au Panthéon.
Pour l’occasion, l’Élysée a annoncé une mise en scène innovante retraçant « la vie de Marc Bloch, son œuvre et la diversité de ses engagements ». Le portrait traditionnellement exposé entre les colonnes du monument s’animera au fil des tableaux consacrés à son parcours, grâce à des « innovations visuelles et technologiques ».
Un pionnier de la recherche historique
Né à Lyon en 1886 dans une famille juive alsacienne, Marc Bloch suit un parcours académique d’excellence. Ancien élève du lycée Louis-le-Grand puis de l’École normale supérieure, il obtient l’agrégation d’histoire et de géographie avant d’enseigner dans le secondaire.
Professeur d’histoire médiévale à l’université de Strasbourg entre 1919 et 1936, il révolutionne sa discipline en l’ouvrant à d’autres champs du savoir, comme la sociologie, la géographie, la psychologie et l’économie. En 1929, avec son confrère Lucien Febvre, il fonde la revue Annales d’histoire économique et sociale. Cette publication marque la naissance d’une nouvelle manière d’écrire l’histoire, fondée sur l’interdisciplinarité et l’analyse des sociétés dans leur ensemble. Après la Seconde Guerre mondiale, cette approche sera connue sous le nom d’« école des Annales ».
Un engagement dans les deux guerres mondiales
Mobilisé pendant la Première Guerre mondiale, Marc Bloch sert comme capitaine et officier de renseignement. Son courage lui vaut notamment la Croix de guerre et la Légion d’honneur. À nouveau mobilisé en 1939, il est profondément marqué par l’effondrement militaire français. De cette expérience naît L’Étrange Défaite, un essai rédigé en 1940 mais publié après la guerre. Dans cet ouvrage devenu classique, il analyse les causes de la débâcle française avec une lucidité remarquable.
À partir de 1942, l’historien rejoint la clandestinité sous le pseudonyme de « Narbonne ». Installé à Lyon, il intègre le mouvement Franc-Tireur et devient rapidement l’un des principaux responsables intellectuels de la Résistance locale. Cet engagement est soutenu par son épouse, Simonne Vidal, qui fait son entrée au Panthéon à ses côtés.
Le 8 mars 1944, Marc Bloch est arrêté à Lyon par la Gestapo à la suite d’une dénonciation. Emprisonné puis torturé à la prison de Montluc et à l’École de santé militaire dirigée par Klaus Barbie, il refuse de céder. Le 16 juin 1944, il est fusillé par les Allemands à Saint-Didier-de-Formans, dans l’Ain, avec vingt-neuf de ses compagnons de captivité.
Une reconnaissance nationale pour son œuvre et son courage
En annonçant sa panthéonisation, Emmanuel Macron avait salué à la fois « son œuvre », « son enseignement » et « son courage ». Plus de quatre-vingts ans après son exécution, la République rend ainsi hommage à une figure exceptionnelle : un savant qui a transformé l’histoire, un professeur soucieux de transmettre le savoir et un résistant mort pour la liberté.








































































































