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MARLÈNE JOBERT AU FESTIVAL LUMIÈRE : UNE RÉTROSPECTIVE DE LA SCÈNE À LA PLUME !

Laura Nodari

Laura Nodari

Ce jeudi après-midi, Marlène Jobert, est venue conter son parcours et se raconter au Pathé Bellecour. L’artiste très discrète, qui s’est retirée des écrans il y a de nombreuses années, a accepté l’invitation du Festival Lumière pour revenir sur les œuvres auxquelles elle a contribué.

Marlène Jobert, ayant depuis longtemps quitté l’univers du cinéma, a d’abord été émue de voir le montage réalisé par le festival, compilant des extraits de scènes des personnages qu’elle a interprétés à l’écran !

Remarquons que l’artiste de 81 ans a aussi déclaré être surprise de voir autant de jeunes dans la salle. Sa popularité a en effet réuni trois générations différentes : celle qui l’a connue en tant qu’actrice, celle qui l’a connue en tant que conteuse et enfin les enfants de cette deuxième génération.

En insistant sur ses choix de vie, elle est revenue sur sa carrière pendant une heure et demie de discussion.

« J’ai arrêté le cinéma parce que je n’arrivais pas à être en même temps une actrice et une mère attentive. Je n’étais pas capable de tout faire en même temps ». En effet, lorsque ses deux filles jumelles sont nées, l’actrice ne supportait plus de les laisser pendant les tournages donc elle s’est mise à écrire des contes dont 19 millions d’exemplaires ont été vendus.

« J’ai lu beaucoup, beaucoup, beaucoup de contes à mes filles car tous les psychologues s’accordaient à dire à quel point le conte était quelque chose de très important pour l’éducation. Alors j’ai découvert l’art du conte, j’ai trouvé ça très bien. J’ai commencé à en inventer, pour mes filles et je me suis découverte cette aptitude et ce plaisir. »

Ainsi plusieurs facteurs ont fait qu’elle a rompu avec le cinéma mais c’est avant tout une décision liée à sa volonté de se consacrer à ses enfants et aux enfants des autres en écrivant des contes et en les racontant.

Mais en lisant ces contes, elle a renoué d’une certaine manière avec son début de carrière, au théâtre, puisqu’elle a commencé sa vie de comédienne en déclamant des poèmes en public.

Après cette première expérience elle est montée à Paris et « la chance lui est tombée dessus, sans que je ne me rende compte de ma chance ».

Elle a rencontré Claude Berri avec qui elle a eu une histoire d’amour. Ce dernier lui a présenté Simone Signoret et lui a permis de décrocher un rôle sur les planches aux côtés d’Yves Montand dans Des clowns par milliers : « Je ne garde pas un souvenir extraordinaire d’Yves ». Bien que ce rôle fut très grand pour elle, cette première expérience au théâtre parisien est pour elle synonyme de beaucoup de stress, que le plaisir du jeu n’a pas réussi à surmonter : « Le stress ça vous envahi, ça vous prend… J’étais plus malheureuse que consciente de ma chance. »

Les choses ce sont ensuite enchaînées très vite. Elle a commencé le cinéma avec Jean-Luc Godard, avec qui elle ne garde pas son meilleur souvenir de cinéma non plus car elle imaginait à ce moment-là que les acteurs avaient une proximité avec le réalisateur qui devait les guider, leur expliquer le personnage, le cheminement intérieur. Or il n’en fut rien avec Godard, ce qui a entraîné sa déception.

Fort heureusement, elle a eu ensuite de bonnes expériences de cinéma.

Elle a collaboré avec Michel Audiard : « je le faisais rire, donc pour un acteur cela donne confiance ! », mais aussi Claude Lelouch, avec qui elle a adoré tourner comme tous les autres acteurs en témoignent, pour elle « il nous porte, nous transporte, nous insuffle de l’air dans les poumons, il donne l’impression de tourner le meilleur film de notre vie ».

Mais elle a également retracé son expérience avec René Clément dans Le Passager de la pluie, qui est le plus grand succès commercial de l’actrice, et qui représente aux yeux de l’actrice un de ses personnages les plus touchants : « comme la chèvre de monsieur Seguin qui se bat toute la nuit et finit par dévorer le loup (…) c’est une force cachée sous une apparence fragile », ou encore avec Maurice Pialat : « Je ne me rendais pas compte de mon succès… Je ne sais pas vivre, je ne sais pas profiter… »

Marlène Jobert est également revenue sur son expérience avec les grands acteurs du cinéma français tels que Jacques Villeret, Jacques Dutronc, Gérard Depardieu, Jean Yanne, Charles Bronson, Lino Ventura ou encore Jean-Paul Belmondo. Elle a particulièrement insisté sur ce dernier en revenant sur son regret de ne pas avoir pu se rapprocher humainement de lui pendant le tournage des Mariés de l’an II, de Jean-Paul Rappeneau. Lorsqu’elle a recroisé l’acteur de nombreuses années plus tard, après l’AVC de ce dernier, il lui aurait déclaré alors que c’était la première fois qu’ils échangeaient réellement ensemble : « on s’est raté nous deux ». Elle a exprimé sa tristesse de constater que la plupart des artistes et amis avec qui elle a travaillé sont disparus : « Je suis à un âge où beaucoup s’en vont et je ne supporte pas de les voir partir » a-t-elle exprimé avec mélancolie.

Elle a confié avoir lutté toute sa carrière pour se détacher de ce personnage comique de la « petite rousse rigolote » que recherchait souvent les réalisateurs chez elle. Elle avait envie de jouer des personnages plus graves, plus intenses, plus profonds.

Enfin ce rendez-vous fut pour elle l’occasion d’évoquer la difficulté du métier d’acteur. Elle a expliqué sa manière de préparer un rôle : « Je ne travaillais pas beaucoup pour jouer, contrairement à ma fille (a-t-elle souligné en riant), j’y allais à l’instinct, c’est pour ça que j’étais originale ».

Pour plus d’informations sur le parcours de l’actrice, vous trouverez son autobiographie Les Baisers du soleil dans la librairie du Premier Film ou dans la boutique au Village du Festival.

Mais il vous est également possible de visionner le documentaire C’est moi… Marlène Jobert, réalisé par Dominique Besnehard et qui est projeté ce vendredi à 12h dans la salle de la Villa Lumière.