"Incompréhension" et "émotion" ce jeudi matin chez les forces de l'ordre face aux annonces du ministre de l'intérieur qui insiste sur la tolérance 0 en réponse aux mobilisations contre les violences policières.

Didier Mangione, secrétaire zonal adjoint d'unité SGP Police FO, répond à nos questions.

Lyon 1ère : Quelles sont vos réactions face aux mobilisations contre les violences policières et le racisme ?

"Dans un premier temps, il y a eu une émotion forte aux Etats-Unis avec la mort de George Floyd que l'on comprend parfaitement. Je n'ai pas peur de dire au nom de mon organisation qu'il s'agit d'un meurtre. Il y a eu la même émotion en France avec la mort d'Adama Traoré dont nous avons tous été émus. Nous ne sommes pas dans le dénis, effectivement, la police est à l'image de cette société. Mais il ne faut pas généraliser, mettre l'ensemble des policiers dans le même sac. On est en effet une fonction très surveillée : on a l'IGPN qui engage des procédures, la procédure administrative qui est une négation complète du droit à la défense, et puis nous nous devons de répondre à la loi, tout simplement. Sur pratiquement 3 millions d'interventions au cours de l'année, il y a eu 1 400 signalements contre des bavures ou violences policières sur la plateforme IGPN, soit 99,99% des interventions qui se passent relativement bien."

Qu'avez-vous envie de répondre au ministre de l'intérieur, Christophe Castaner lorsqu'il insiste sur la tolérance 0 et la stigmatisation des forces de l'ordre ?

"Dans un premier temps, on a des difficultés à comprendre l'attitude de notre ministre qui reçoit ce matin même les partenaires sociaux. Le ministre a cédé aux minorités agissantes en enlevant des méthodes d'interpellation qui ont fait leurs preuves, les gestes techniques professionnels d'intervention comme "la prise de cou". Donc beaucoup d'incompréhension ... Après on va nous reprocher d'être une police des "bisousnours"... On va nous reprocher de ne pas savoir interpeller un individus de 100 kilos, sous emprise de drogue ou d'alcool".

Je tenais juste à rappeler les évènements antérieurs comme les attentats où nous étions perçu comme des héros ... Aujourd'hui, paradoxalement, on se fait tirer dessus. Il y a un "police bashing" qui est évident. Et nous ne sommes même pas soutenus par la justice !

Que pensez-vous du "pistolet électrique" la méthode d'interpellation alternative proposée par le ministre de l'intérieur ?

Ah ! Le fameux taser ! Je vous rappelle que c'est une méthode relativement dangereuse pour les personnes qui ont des problèmes cardiaques. Et encore une fois, qui est-ce qui va être mis en accusation ? La police. A ce jour, l'enjeu est de trouver la bonne méthode de travail. Donc plutôt que de prendre des décisions sur un coup de tête pour essayer de calmer les manifestations, il aurait été judicieux de réunir les experts pour chercher des solutions.

Avez-vous prévu de vous mobiliser ?

"Cela va dépendre des annonces du ministre de l'intérieur, ce jeudi 11, mais si rien ne bouge, nous allons prendre les choses en main, nous révolter. Si cette affaire n'est pas réglée, on ira plus sur le terrain.

Qui a sauvé la république lorsque les manifestations étaient autour de l'Elysée ? Qui a tenu le choc lorsque les manifestations des gilets jaunes devenaient de plus en plus violentes ? Est-ce qu'on doit se laisser marcher sur les pieds ? Je pense que non. On est des policiers républicains, on respecte les institutions, mais il faut absolument se faire entendre".