Peu connu du grand public, Grégory Doucet, le candidat Europe Ecologie-Les Verts, a de bonnes chances d'être élu maire de Lyon au second tour le dimanche 28 juin. Retour avec lui sur son programme et ses idées politiques.

Quelles sont les principales mesures de votre programme ?

Nous sommes encore en crise sanitaire, il semblerait aussi maintenant que l’on commence à en voir la fin, donc nos premières mesures serviront à répondre aux conséquences de la crise. Pour vous en citer deux, nous savons que beaucoup d’enfants n’ont pas été à l’école pendant plusieurs mois, la continuité éducative qu’enseignants et parents tentaient d’organiser à la maison n’a pas toujours pu être assurée de manière très efficace selon l’équipement que l’on a chez soi, la taille de l’appartement ou de la maison. Il est donc important d’investir dès cet été dans l’organisation d’activités pour que les petites lyonnaises et les petits lyonnais puissent retrouver le goût d’être ensemble, d’avoir des activités collectives, d’apprendre ensemble.

Il y a le dispositif que le ministre de l’éducation a commencé à détailler, il faut le compléter avec des actions sur le sport, la culture. J’insiste sur le fait que l’on a besoin de préparer cette année la rentrée scolaire de manière très particulière.

Par ailleurs, du fait de la crise sanitaire, un certain nombre de secteurs a particulièrement souffert. C’est le cas de la culture, où beaucoup d’acteurs sont très fragiles structurellement. Je l’ai déjà annoncé, si nous sommes élus, dès notre arrivée en place, un fonds d’urgence de quatre millions d’euros pour venir en aide aux structures qui ont perdu des recettes mais aussi vu leurs dépenses augmenter à cause de la crise sanitaire.

Dans un premier temps, la priorité est la réponse à la crise. On pourrait parler aussi de la restauration, de l’hôtellerie, du tourisme. Il faut pouvoir traiter tous ces sujets rapidement.

Et concernant les grands axes fondamentaux de notre programme, on reste sur une ville plus apaisée, 100 % marchable, 100 % cyclable, une ville plus végétalisée.

Si vous êtes élu à la Mairie de Lyon, quelles seraient vos toutes premières priorités dans le détail ? 

C’est surtout d’abord agir sur la crise. Je vous l’ai dit, durant l’été, j’ai déjà travaillé avec mon équipe sur les contenus précis, les modalités, notamment du fonds d’urgence pour la culture dont je vous parlais à l’instant. Après il va falloir aussi tout de suite travailler dès le mois de septembre sur des mesures plus structurelles.

La sécurisation des abords des écoles pour moi est un sujet majeur. Quand je dis les sécuriser, je veux dire les piétonniser. On va les rendre plus sûrs, plus agréables. Ce sera plus simple pour des enfants, même seuls, de venir à l’école en sécurité. Ça veut dire que l’on va piétonniser des espaces, végétaliser. Cela va être un premier moyen d’agir sur cette ville 100 % marchable que nous souhaitons implanter ici à Lyon.

On a aussi annoncé qu’on voulait végétaliser massivement la ville. Alors il y a des périodes de plantation donc ça ne va pas forcément correspondre au mois de septembre, mais très rapidement ensuite. L’idée c’est d’identifier tous les lieux où nous allons pouvoir planter. Dès l'automne, dès l’hiver, qui sont plutôt des saisons appropriées pour implanter des arbres, nous pourrons nous y mettre.

Concernant les transports, que comptez-vous faire ?

La priorité sur les transports en commun, c’est d’abord d’investir dans le réseau de bus. Nous voulons rééquilibrer l’espace public entre les piétons, les cyclistes, les modes doux, les transports en commun et les véhicules. Pour que les gens puissent lâcher leurs voitures, il faut leur offrir des alternatives. Construire un métro ou des tramways c’est des années de chantiers. Il faut offrir des alternatives rapidement. On a aussi besoin d’agir très vite sur la pollution.

Donc commençons par le réseau de bus. Il est déjà implanté. Nous allons dédier, des voies à 100 % aux bus, qui ne le sont pas encore. Je vais vous donner un exemple concret, le tunnel de la Croix Rousse. Aujourd’hui il y a le tunnel mode doux par lequel passe une voie de bus dans une sens, et puis sur l’autre grand tunnel il y a deux fois deux voies, sur lesquelles passe aussi le bus. On va réduire l’espace dédié à la voiture, pour y placer une ligne de bus, mais une ligne de bus dans l’autre sens. Ce qui veut dire que cette ligne de bus qui passe dans le tunnel sera rapide dans les deux sens, et pas uniquement dans un seul comme c’est le cas aujourd’hui.

De cette façon, on va offrir une alternative plus confortable. Investir dans une ligne de bus c’est : des fréquences horaires plus importantes, une amplitude horaire plus importante, des bus plus tard le soir et plus tôt le matin par exemple pour ceux qui travaillent de bonne heure ou jusqu’à tard le soir. C’est plus pratique; Des équipements, lorsque c’est nécessaire, plus grands. Quand vous prenez le C3 pour Lafayette par exemple, qui est un équipement de 18 m et qu’il est régulièrement bondé, parfois vous avez pas trop envie de le prendre. Si on dote la ligne d’un équipement plus grand, on peut passer sur des bus accordéons à 24 m, vous allez alors de fait, être dans un bus plus confortable.

L’investissement du réseau de bus est celui qui nous donnera les résultats les plus rapides et concrets sur les mobilités. Bien-sûr on travaillera aussi sur les métros et les tramways. Vous avez également vu dans notre programme que nous souhaitions construire la ligne T7 qui relierait Part-Dieu à Bellecour. C’est un investissement qui pourra se faire sur la mandature, dans la mesure où nous allons optimiser une partie des rails de la ligne T1, et il nous restera alors 800 m de rails à poser pour terminer le tronçon. Evidemment que les métros sont importants, mais il faut agir d’abord sur les transports en commun qui vont nous donner des réponses rapides. 

Au moment du premier tour, concernant le Parc de la Tête d’Or, le PS était pour le fait de garder les animaux dans le Parc alors que vous étiez contre, êtes-vous parvenus à un accord là-dessus ?

Nous avons eu l’occasion de nous expliquer. Juste pour le rappeler, notre accord est avec Lyon en Commun et la Gauche Unie, et dans la Gauche Unie il n’y a pas que le PS, il y a d’autres mouvements également. Non, nous n’allons pas fermer le zoo, ce n’est pas du tout le projet. Ceux qui clament aujourd’hui que les écologistes veulent fermer le zoo n’ont pas bien lu ce que nous avions écrit, nous voulons l’enrichir ce zoo.

Aujourd’hui vous savez qu’il y a beaucoup d’animaux, notamment sauvages, qui sont victimes de maltraitance, et nous voulons que le zoo de la Tête d’Or puisse devenir un lieu de refuge pour eux. Ce qui n’est pas le cas en ce moment. De la même façon, nous voulons faire évoluer le zoo de la Tête d’Or pour qu’il puisse accueillir des espèces locales, domestiques qui sont en voie de disparition.

La FAO a recensé qu’un tiers des espèces domestiques dans le monde était en voie de disparition, notamment des espèces rares qu’on élève plus et qui sont en train de disparaître. Elles sont une partie de notre patrimoine. On veut continuer à avoir un parc animalier, mais qui n'accueillera pas une panthère de l’amour par exemple, qui dans son habitat naturel a besoin de plusieurs centaines d’hectares pour vivre. Une cage en verre dans le parc, même si elle est grande, ce n’est pas suffisant par rapport au besoin physiologique de l’animal.

Quelle est votre position par rapport à la fête des lumières ? (Que vos concurrents vous reprochent de vouloir interdire…)

C’est encore un beau mensonge colporté allègrement. Je n'interdirai pas la Fête des Lumières, j’y participe tous les ans depuis que j’habite à Lyon. Cette fête fait partie pour moi du patrimoine, des événements marquants de la vie lyonnaise. J’ai justement envie d’y contribuer, de la faire évoluer, qu’elle soit notamment présente dans tous les arrondissements, pour que chacun en profite.

Ce que j’ai dit, c’est que la prochaine Fête des Lumières sera dédiée aux soignantes et soignants qui se sont et se battent encore pour les malades pendant ces mois de crise du Covid-19. On leur doit un hommage appuyé, on doit leur témoigner notre reconnaissance. De plus, cette fête est un symbole, on célèbre ensemble le respect, l’amour pour son prochain, on célèbre le fait d’être ensemble. Si on l’est aujourd’hui, c’est grâce à eux.

Qu’est-ce qui vous distingue des autres candidats ?

Je suis quelqu’un que l’on qualifie souvent de la société civile. Je suis un militant écologiste depuis un certain nombre d'années mais j’ai essentiellement travaillé dans l’humanitaire ou dans le secteur sanitaire et social, j’ai des engagements associatifs par ailleurs. Et je suis venu à la politique parce qu’en tant que citoyen, je considère qu’on a tous notre place en politique. Les responsabilités ne peuvent pas être capturées par une soi-disant élite.

On a tous une voix à porter, moi j’ai choisi celle de l’écologie. Ce qui me distingue peut-être aussi des autres candidats, c’est la cohérence. Moi je n’ai pas changé de ligne, j’ai choisi de m’investir dans l’écologie depuis longtemps. C’est lié à mon parcours personnel, à la découverte du monde que j’ai eu l’occasion de faire à travers mes activités professionnelles notamment, à la conscience que j’ai de l’importance des enjeux actuels, en particulier du bouleversement climatique et de l’épuisement du vivant qui me semblent être regardés avec un faible intérêt par mes concurrents. Ils en ont bien-sûr conscience mais ils ne voient pas la portée que ça a. C’est grave.